La propriété intellectuelle dans les start-up blocks ?

par | 17 Mai 2019 | About Innovation Stories

8H : Réveil matin, huit heures, dans la peau d’un startupper

Entrepreneuse depuis peu, tous les matins j’adopte le même rituel : vérifier l’avancée du produit, contrôler ma road map et éplucher des milliers de CV.

 

9H-10H : J’enclenche le mode « lecteur »

Café à la main, je commence à parcourir la presse générale et spécialisée ainsi que les réseaux sociaux. Je tombe sur un article de la revue “au PI de l’innovation” sur la nécessité d’élaborer une stratégie de propriété intellectuelle en start-up. Petite infographie à l’appui, je constate que les start-up françaises boudent les brevets contrairement à nos voisins allemands et américains.

Pourtant l’article est catégorique et avance des chiffres imparables. Une start-up qui, dès le début détient au moins un brevet a une probabilité trois fois supérieure de succès. Cela favorise ses chances d’être racheté à terme, de fusionner avec une autre entreprise, ou bien d’être introduite en bourse. Sans brevet, le pourcentage de réussite chute à 8% (selon une étude de France Brevets et l’École des Mines). Il parait même que les opportunités de levées de fonds sont augmentées de 50% (bigre, et moi qui ai rendez-vous à 14h avec les investisseurs).

Pas de recette miracle, simplement la mise en place d’une stratégie de propriété intellectuelle dès le début. Je suis de plus en plus intriguée et décide de creuser le sujet.

11H-12H :  Tout va de mal en pis avec ma PI

Mon comptable m’attend, il a la tête des mauvaises jours. Les factures s’accumulent, site internet, loyers… Se joint à nous le reste de l’équipe. Je tente alors d’aborder le sujet des brevets. Accueil mitigé. Si certains semblent sceptiques, d’autres me regardent d’un air interloqué. C’est pas gagné… j’ai compris, le brevet est mal aimé. Réunion improvisée, les quatre points suivants sont soulevés :

  • Le coût du brevet : la plupart des start-up, nous compris, manquons de trésorerie. C’est un fait. Or, déposer un brevet a un coût et pas des moindres entre ceux relatifs au dépôt et ceux de l’entretien.

 

  • L’absence de maîtrise de la propriété intellectuelle : pour élaborer une stratégie de propriété intellectuelle encore faut-il maîtriser la propriété intellectuelle. Or, c’est une matière bien complexe et abstraite pour le profane (non juriste). Il y a bien Baptiste notre juriste, mais encore faudrait-il qu’il nous initie aux rudiments de la matière (qu’est-ce qu’un brevet, quelle est son utilité, la procédure de dépôt). Petit mémo, pour me rappeler de lui en toucher un mot.

 

  • Le manque de visibilité sur la valorisation : au croisement entre la problématique du coût et de la compréhension du droit : l’absence de visibilité sur la rentabilité de la construction d’un portefeuille brevet. On avance à tâtons… Conséquence : impossible d’apprécier au jour le jour l’opportunité stratégique ou non.

 

  • La peur de la divulgation : Béatrice ma collaboratrice me fait remarquer que la publication du brevets entraîne de facto la divulgation au grand public de notre invention. Est-ce réellement une bonne chose ? Pour certains de nos produits j’émet quelques doutes… Je préfèrerai opter pour une protection par le secret des affaires ou un dépôt blockchain.

Vote à l’unanimité : le brevet n’est pas notre priorité.

13H : Prise de conscience, treize heures

L’article de ce matin toujours en tête, je n’arrive pas à manger. Et si, j’avais commis une erreur en voyant le brevet comme un coût et non comme un atout stratégique ?

14H : Je donne un coup d’accélérateur

Après avoir survolé un livre de droit et surfé sur internet je dresse une liste des avantages de la propriété intellectuelle :

  • Rassurer vos investisseurs et les consommateurs : avoir des brevets montre que vous jouez dans la cour des grands. Pas besoin de costume pour être pris au sérieux.
  • Liberté d’exploitation : il n’y a pas qu’en mai qu’on peut faire ce qu’il nous plait !
  • Protection de l’innovation : notre invention c’est la nôtre et pas celle des autres !
  • Valorisation de l’image de marque : déposer le nom de votre entreprise, absurde ? Que nenni ! Dreem l’a fait. Alors pourquoi pas nous ? Ensuite, c’est à l’équipe marketing de refaire une beauté à votre marque.
  • Tenir à distance les concurrents, différenciation technologique : Devialet l’a bien compris. La meilleure protection pour ses enceintes ? Une complexité brevetée.
  • Source de revenus (licence d’exploitation) : je comprends que mes brevets peuvent être jalousés, alors autant les louer !
  • Gage d’innovation constante : déposer fréquemment des brevets, permet de montrer à vos investisseurs que vous ne vous reposez jamais sur vos lauriers. C’est notamment la technique adoptée par Capsum et Isorg fréquemment en tête des palmarès des déposants brevets.
  • Gagner en valeur ajoutée : un brevet a une vie. Pendant son existence et selon les choix que je prendrais pour l’entretenir, il pourra faire grandir ma société.
  • Facilite l’expansion à l’international (dépôt réflexe) : lorsque vous possédez déjà un brevet, le plus dur est fait !

Le réveil est brutal… Ma PI n’est pas là, je ne l’ai pas prise avec moi ! Comment ai-je pu passer à côté ? Ni une, ni deux, c’est décidé, je lance le chantier de construction de la stratégie de propriété intellectuelle. Mieux vaut tard que jamais (c’était la dernière promis, pour ma prochaine boîte ce sera dès l’amorçage) !

15H: quinze heures, rendez-vous chez les investisseurs

Dans le Uber en route pour le bureau des investisseurs, je revois en détails notre pitch avec Baptiste. Il ne faut pas se louper, l’avenir de la start-up en dépend. 1 heure plus tard, on peut exulter ! Merci à nos futurs brevets ! Les investisseurs sont rassurés et ont fini par succomber !

16H-17H : pas d’quatre-heure, on file chez les grands acteurs

Je poursuis mon rythme effréné…Après mon rendez-vous avec les investisseurs, je me rends chez France Brevets, acteur institutionnel incontournable dans l’accompagnement des start-up sensibles aux enjeux de la propriété intellectuelle. Sans plus attendre, France Brevets me parle de la Fabrique à Brevets, dispositif mis en place en 2012, qui vise à venir en aide au start-up pour constituer leur portefeuille de brevets. Ils me proposent une aide financière, rédactionnelle (dépôt de brevet) et organisationnelle (gestion des actifs immatériels). Cela tombe bien, c’est exactement ce que je veux ! Voilà le petit coup de pouce qu’il me manquait !

Entrepreneurs, entrepreneuses, adoptez les bons réflexes en matière de propriété intellectuelle car l’innovation de demain, se construit aujourd’hui.

 

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